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Un point de vue de la psychanalyse sur la corrida
Historiquement (hystériquement faudrait-il ajouter), même si la corrida s’apparente aux jeux du cirque de l’ancienne Rome, au moment où ces spectacles de tuerie, de combat entre hommes et animaux, sonnaient l’heure de la plongée de la civilisation romaine dans la décadence, la corrida est née dans les abattoirs.
C’est dans les abattoirs que les bouchers, avant de tuer les taureaux, s’amusaient, et amusaient leurs femmes, puis, moyennant finance, les bourgeoises et les bourgeois à les faire courir, à les piquer, à les poignarder, à les couper, à les saigner vivants, à les tailler en pièces pour distribuer queue, testicules, oreilles aux spectatrices et aux spectateurs fétichistes.
La terreur infligée aux animaux satisfait les perversions voyeuristes, fétichistes et sadiques des spectateurs en une conjugaison archaïque qui mêle pulsion de destruction et pulsion érotique.
La violence tortionnaire proposée en spectacle résume une expression sadique complexe, masquée, ambivalente, issue de la pulsion de destruction.
La question que pose l’exhibition du spectacle mortifère n’est pas due seulement au développement d’une mise en scène sadique improvisée et fruste, manifestement valorisée par les costumes brillants et colorés arborés dans le but de cacher le côté sombre, obscur de la référence à la mort. C’est que cette manifestation d’un autre âge, l’âge de la pulsion, de la bête qu’on craint et qu’on torture, dans la nuit des temps des premiers hommes, que l’on sacrifie aux peurs les plus immédiates, est proposé en un spectacle admis, toléré, légal.
C’est là que le bât blesse. Il existe dans ce spectacle de torture une contradiction dans les faits. Ce qui est encore légalement toléré représente malheureusement une représentation du règne du plus fort - quel exemple dans une démocratie que ce totalitarisme accepté -, le règne de ceux qui, contre l’animal seul déféquant de peur, ont les chevaux, les épées, les pointes, les protections, ne laissent aucune chance à la bête nue jetée dans l’arène.
Or, la conjonction apparemment absurde de la pulsion sadique avec le légal n’est rien moins qu’un exercice de la perversité. Le pervers et sa confrontation avec la loi sont les deux conditions sine qua non de l’élaboration pathologique narcissique. Le crime doit être montré, infligeant ainsi au spectateur la confusion grotesque du bien de la lumière et du mal du sang noir.
Alexandre SANTEUIL
Le 1er décembre 2008
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Mise à jour 4/06/11 |