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Une hypothèse sur le phénomène anti Sarkozy
Une hypothèse sur les élans affectifs, de haine (d'amour ?), que suscite Nicolas SARKOZY et leurs conséquences.
Les mouvements sociaux et les diverses oppositions auxquels est confronté la politique de notre pays sont pour une large mesure d’origine inconsciente.
En réalité, les sentiments d’hostilité dont est l’objet Nicolas SARKOZY, lesquels s’expliquent principalement par des transferts massifs, vont être la cause de mouvements sociaux non justifiés objectivement.
Les propos de haine ( ? : d’envie, d’amour…) qui pleuvent en permanence sur le chef de l’Etat ne sont pas inhabituels et touchent tous les présidents de la République. Cependant, il reste que les éléments formulés actuellement, particulièrement les critiques, se distinguent des diatribes habituelles sur deux registres.
Tout d’abord, c’est la personne physique de Nicolas SARKOZY qui est soumise aux élans et aux attaques, alors que la vie de cet homme est assez semblable sur le fond à celle d’un autre, distincte cependant au niveau de la position de responsabilité occupée. Les différences de traitement de sa personne et qui entraînent spécialement les attaques sont spécialement dues à son rang, à sa fonction et à ses prérogatives, à une partie de sa dimension phallique (le grand frère), il est le chef de l’Etat.
Ensuite, ce sont davantage les discours et les comportements, verbaux et implicites, que la politique du président de la République qui, malgré les apparences, font l’objet de condamnations, puisque jamais aucune argumentation digne de ce nom n’est développée.
Les arguments de ceux qui courent le risque de l’expression et du discrédit, sont d’ordre émotionnel, voire personnel (arguments de « contre-autorité » en rhétorique) et dénotent en cela une gestuelle agressive primaire s'appuyant sur des vulgates faibles, et sont « avancés » par ceux parmi les moins équipés conceptuellement, les plus violents verbalement et les plus dogmatiques. Les intellectuels eux-mêmes soumis à ce pathos empruntent des formes de critique fondées sur des « procès d'intention ».
Ce double éreintement à côté provient d’un fait inédit que sont tout simplement, lesquels se traduisent par un comportement, un discours au sens large, je veux dire l’âge et la vigueur du capitaine.
En effet, nous n’avions eu jusqu’à présent comme responsable de notre pays que des hommes dont les années étaient propices à représenter le statut du Père de la nation. Or, nous sommes aujourd’hui confrontés à un homme qui se présente et se représente, du point de vue du mode de vie et de l'image personnelle et professionnelle, comme le Frère plutôt que comme le Père symbolique.
A ce titre, son pouvoir, son mode de vie et les intenses qualités de sa femme suscitent auprès de ses frères de pouvoir, journalistes (François MITTERRAND parlait de "classe politico-médiatique", nous parlons de fratrie donc), intellectuels, personnalités de l’art et de la mode, patrons de syndicats, une intense pulsion transférentielle agressive de rivalité (et sa forte composante de jalousie), facilement transmise par ces maîtres à penser au peuple de l'ombre que nous sommes.
C’est pourquoi jamais chef de l’Etat ne suscita autant de sentiments si chargés d’affect.
En effet, le grand frère est censé nous ressembler. Il nous est moralement et psychologiquement substituable. Il est à la fois le rival, et celui qui est censé réparer les défaillances du père.
C’est là que résident l’essentiel de la haine, plutôt que la raillerie habituelle (pensons aux soi-disants comiques vrais militants), et la considération, de la part de nos aînés, dont il est l’objet, et qui est fondé sur une rivalité (ou un respect) archaïque.
Le frère de la horde primitive* s’est un jour, avec l’aide du reste de la fratrie, révolté contre le père : ils l’ont tué, constatant que rien de bon ne pouvait advenir à la famille humaine si un seul homme, le père, continuait de s’adjuger les femelles de la horde et de soumettre (argument d’autorité) la fratrie.
C'est au passage cette position qui explique l'exploitation que l'on peut faire des soit-disants abus somptuaires dont le Président se serait montré coupable : la prévalence du grand frère sur la nourriture (le Fouquet's) et sa prérogative sur le phallique (le Boloré's yacht) qui la symbolise, sont ici concernés comme pouvant priver les autres (les autres politiques, les journalistes, quelques intellectuels, certains artistes).
La
rébellion de la fratrie dans la horde primitive* donnait à leurs prérogatives espérées l’idée qu’elles pouvaient être conditionnelles et susceptibles d'être remises en question ; car étant plusieurs frères souhaitant s'imposer à « égalité » eu égard au sexuel, ils pouvaient tous un jour prétendre au pouvoir. Ainsi, une telle révolte conférait à leurs attributs le sentiment qu’ils pouvaient aussi bien leur être enlevés (seconde castration). Devant faire montre de « fraternité » ils étaient pourtant censés n’utiliser leur attribution phallique qu’au sein d’une compétition. L'éthique fratricielle reste à inventer.
D'ailleurs, les jeunes générations à ce titre se révoltent plus normalement contre le Président car il représenterait bien leur père à eux. Cependant certains adultes non suffisamment étayés affectivement ou par trop rigidement consolidés se prennent au jeu de l'instinct de la horde et de ses excès mortifères.
Une personne qui se dé-complexifie du système archaïque de l’Œdipe si ostensiblement, pour ceux-là qui attendent encore du père la sanction du surmoi, le rétablissement d’une autorité inaliénable, bref la soumission, est un ennemi redoutable, puisqu’il fait écho au pathos de leur propre réaction, contre lequel l’archaïque envie de meurtre à la fois frustré et non élaboré s’exprime.
Louis SANTEUIL
Le 7 janvier 2008
*Sigmund Freud, Totem et tabou
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Mise à jour 19/07/11 |